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INTERVIEW:



Banque de France: évolution de la gestion des RH


Hervé QUEVA

Entretien avec Hervé QUEVA, DRH de la Banque de France.



RH-Générations:

Hervé QUEVA, bonjour. Tout le monde connaît cette prestigieuse maison qu'est la Banque de France, mais pourriez-vous nous préciser quel est son rôle aujourd'hui?

Hervé QUEVA:

La Banque de France fait partie du Système européen de Banques Centrales. Elle exerce son rôle et ses missions au sein de l’Eurosystème, composé de la Banque centrale européenne et des Banques centrales nationales participantes, qui doit en premier lieu assurer la stabilité de la monnaie. A ces responsabilités s'ajoutent des missions qui lui sont confiées par le législateur français. Le rôle de banque centrale de la Banque de France s'exprime notamment dans les responsabilités assurées au titre de la circulation de la monnaie, de la stabilité monétaire et de la maîtrise de l'inflation comme, plus largement, de la stabilité financière, qui concerne la réglementation comme la surveillance des intermédiaires financiers et des marchés. Les missions et activités de la Banque de France portent également sur les services rendus au secteur bancaire et financier, aux entreprises et aux collectivités publiques et sur le rôle qu'elle joue au titre de la protection des particuliers dans le domaine économique et financier, en particulier dans le cadre des secrétariats des commissions de surendettement.


RH-Générations:

Vous vous intéressez au sein de la Banque de France au vieillissement des effectifs, vous êtes directement touché par le phénomène, n'est-ce pas?

Hervé QUEVA:

Je pourrais vous répondre en quatre chiffres:

En 2000, 20% des effectifs avaient plus de 50 ans
En 2005, ce chiffre montait à 34%
En 2010, nous serons à 59%,
Pour atteindre 69% en 2015.
Ces chiffres parlent d'eux-mêmes


RH-Générations:

C'est aujourd'hui et maintenant que les entreprises et les collectivités vont mettre en chantier les questions sur la gestion des emplois et des compétences, sur l'intégration des jeunes, le maintien dans l'emploi des seniors, l'évolution des pratiques managériales, la mutation des métiers, la formation tout au long d'une vie professionnelle etc. Avez-vous des chantiers prioritaires?

Hervé QUEVA:

Le chantier de la GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) est prioritaire: nous l'avons ouvert depuis quelques temps en commen&ccdil;ant par élaborer quelques outils significatifs. Il s'agit d'anticiper et de suivre les mutations de nos fonctions, en commençant par les plus stratégiques, afin de mieux identifier les besoins et compétences associées à ces évolutions. Il est tout d'abord impératif de disposer d'indicateurs sur ce qui peut affecter les emplois à court et moyen terme. Il est ensuite nécessaire d'avoir une vision à plus long terme.

Cet outil de GPEC doit donc nous éclairer sur le présent, il doit aussi nous donner des photos périodiques de l'état quantitatif et qualitatif de nos ressources dans le futur. A nous ensuite de trouver et de mettre en œuvre les moyens d'action nécessaires pour accompagner les changements tout en favorisant la motivation du personnel.


RH-Générations:

Nous savons aujourd'hui que nous sommes dans une Société en mutation, ce qui est lourd de conséquences pour l'entreprise et son organisation qui doit intégrer de nouvelles donnes liéées à l'allongement des carrières, à l'obligation plus coercitive d'employer des personnes en situation de handicap, au principe de parité, à l'égalité des chances, à l'obligation de former ses collaborateurs au-delà de 45 ans etc. Cela ne remet-il pas les Ressources Humaines au cœur des processus de décision?

Hervé QUEVA:

Bien sûr!

En ce qui nous concerne, nous avons d'ailleurs conduit, depuis le début des années 1990, un vaste mouvement de modernisation de la Banque. Le passage à l'euro et la mise en circulation de l'euro fiduciaire a été, de surcroît, un énorme challenge pour l'institution. Toutes les missions que nous exerçons, dans le cadre européen ou sur le plan national, nous font participer de plein pied à la vie économique dans un cadre très ouvert.

Il a donc fallu faire évoluer les hommes en fonction des objectifs fixés et introduire les nouvelles technologies au plus haut niveau de compétence. Il a aussi été nécessaire de modifier en profondeur des modes de fonctionnement qui reposaient sur des habitudes et des usages qui n'étaient plus en phase avec notre temps. Inscrire ce changement dans la durée, travailler désormais sur la valeur ajoutée et non plus sur la quantité a mis les Ressources humaines au cœur du dispositif et de la stratégie de développement de l'Institution.

Et ce n'est pas fini car les changements sont désormais permanents.


RH-Générations:

Chez RH-Générations, nous sommes évidemment dans une réflexion sur les organisations de demain. Comment voyez-vous l'avenir en terme de gestion des hommes à la Banque de France?

Hervé QUEVA:

Pour nous l'avenir, c’est déjà de capitaliser sur tout ce que nous avons entrepris pour faire évoluer notre Institution et l'accompagner dans une gestion plus moderne de ses hommes et de son organisation. Mais il faut aller plus loin.

Il faut mieux reconnaître les contributions et performances individuelles, mieux organiser la mobilité professionnelle et géographique dans l’intérêt de l'institution tout en garantissant le respect du personnel. Il faut aussi introduire plus de souplesse dans la gestion alors même que nous évoluons dans un " univers statutaire ". Il faut mettre enfin la formation au service du développement des compétences sur la base de priorités bien définies.

Ce sont là des démarches indispensables pour continuer à progresser.


RH-Générations:

Si nous revenons sur le salarié acteur de ses choix professionnels et de ses choix de formation, aujourd'hui, est-ce encore une utopie, ou bien constatez-vous des changements dans les comportements?

Hervé QUEVA:

En dehors de changements dans les méthodes de travail ou dans les conditions d'exercice des activités, les agents de la Banque de France ont été confrontés à deux restructurations ou réformes majeures, ces dernières années: celle de la fabrication des billets, en 1995 puis en 2001; celle du réseau, en 2003, qui doit s'achever à la fin de cette année. En un peu plus de dix ans, la Banque aura ainsi réduit ses effectifs de 27 % et reconverti des centaines d'agents.

Ces événements ont évidemment mieux fait prendre conscience au personnel et aux managers du rôle que chacun devait jouer pour maintenir l'employabilité et accroître le niveau de formation.

Du travail reste à faire, mais nous sommes sur la bonne voie.


RH-Générations:

Est-ce aujourd'hui possible d'envisager le co-construction des parcours avec une participation active et concertée entre l'entreprise, la DRH et le salarié?

Hervé QUEVA:

Pour continuer sur ce que je viens d'énoncer, le chemin à parcourir est encore long. On ne transforme pas les mentalités en un coup de baguette magique, mais peu à peu chacun prend conscience que la partie ne se joue pas seul et que chacun doit prendre sa part de responsabilité, y compris dans le champ de la formation. Notre institution fait de ce point de vue des efforts financiers substantiels qui représentent 6,05% de la masse salariale fiscale et nous sommes proactifs au regard du DIF. Cela étant, la formation n'est pas une fin en soi et il est évidemment indispensable de l'articuler sur des priorités professionnelles directement liées à la stratégie de l'entreprise.

C'est dans ce cadre que la contractualisation de parcours professionnels peut être envisagée, de façon progressive et sur des populations jugées prioritaires.


RH-Générations:

Je voudrais terminer sur les bilans à mi-carrière. Lorsqu'on a 40/45 ans, n'est-il pas, selon vous, nécessaire de faire un bilan, afin de mieux définir ce qu'on souhaite apporter à l'entreprise et ce que l'on souhaite pour soi. N'est-ce pas aujourd'hui plus qu'hier synonyme de bonne gestion de son parcours professionnel?

Hervé QUEVA:

Il est important pour nous d'avoir une vision claire et objective de qui sont nos seniors et d'avoir des indicateurs significatifs sur ce point. Cela est tout aussi important pour les intéressés et leur avenir dans la perspective d'une carrière qui s'allonge. Nos préoccupations ne sont donc pas difféérentes de celles d'autres institutions ou entreprises.


RH-Générations:

Nous vous remercions pour cet entretien, Pourriez-vous nous donner votre petit mot delà fin en terme de vision pour l'avenir?

Hervé QUEVA:

C'est un regard optimiste que je porte sur l'Institution et ses hommes, son avenir et son adaptation au monde de demain.

Propos recueillis par Catherine ROUSSEAU